Votre employeur peut-il surveiller votre ordinateur professionnel ?
Oui, un employeur peut contrôler l'utilisation d'un ordinateur professionnel, mais en France il doit respecter le Code du travail et le RGPD. Le contrôle doit être justifié et proportionné, les salariés doivent en être informés au préalable, et, dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, le comité social et économique doit être informé et consulté. Vous avez aussi des droits : savoir ce qui est collecté, et dans certains cas vous y opposer.
Cette page donne une information générale, pas un conseil juridique. Pour une situation précise, adressez-vous à un avocat.
Réponse rapide
En France, l'employeur peut contrôler et limiter l'utilisation d'internet et de la messagerie sur les outils qu'il fournit. Selon la fiche de la CNIL de 2015, courriels et fichiers sont présumés professionnels et l'employeur peut y accéder, mais les courriels identifiés comme personnels sont protégés, les fichiers identifiés comme personnels ne s'ouvrent qu'en votre présence ou après vous avoir appelé, sauf risque ou événement particulier, et les keyloggers sont en principe illicites. Sa page du 9 juillet 2026 ajoute qu'un dispositif de contrôle doit être porté à votre connaissance avant sa mise en place.
Que dit le Code du travail ?
Trois articles posent le cadre :
- Article L1121-1 : « Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. »
- Article L1222-4 : « Aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté préalablement à sa connaissance. »
- Article L2312-38, dans la section du Code consacrée aux entreprises d'au moins cinquante salariés : le comité social et économique « est informé et consulté, préalablement à la décision de mise en œuvre dans l'entreprise, sur les moyens ou les techniques permettant un contrôle de l'activité des salariés ».
Dans ses questions-réponses sur le télétravail, datées du 12 novembre 2020, la CNIL rappelle que, dans les cas où ils peuvent être justifiés, les traitements ayant pour finalité de surveiller de manière constante l'activité des employés doivent obligatoirement faire l'objet d'une analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD).
Que peut voir l'employeur sur un ordinateur professionnel ?
La fiche de la CNIL sur le contrôle de l'utilisation d'internet et de la messagerie est datée du 20 novembre 2015. Elle indique que l'employeur peut contrôler et limiter l'utilisation d'internet, par exemple avec un filtrage de sites, et de la messagerie, pour assurer la sécurité des réseaux et limiter les abus d'une utilisation trop personnelle.
- Les courriels. « Par défaut, les courriels ont un caractère professionnel. L'employeur peut les lire, tout comme il peut prendre connaissance des sites consultés, y compris en dehors de la présence de l'employé. »
- Les fichiers. Par défaut, ils ont un caractère professionnel et l'employeur peut y accéder librement. Lorsqu'ils sont identifiés comme personnels, l'employeur peut y accéder en présence de l'employé ou après l'avoir appelé, ou en cas de risque ou d'évènement particulier, que les juridictions apprécient.
- Les favoris. La CNIL précise que les marque-pages du navigateur ne constituent pas un espace personnel ou privé.
Qu'est-ce qui est interdit à l'employeur ?
La même fiche de la CNIL fixe des limites :
- L'employeur ne peut pas recevoir en copie automatique tous les messages écrits ou reçus par ses employés : la CNIL juge cela excessif.
- Les keyloggers, qui enregistrent à distance toutes les actions accomplies sur un ordinateur, sont illicites, sauf circonstance exceptionnelle liée à un fort impératif de sécurité.
- Les journaux de connexion ne doivent pas être conservés plus de 6 mois.
- Vos identifiants et mots de passe sont confidentiels et ne doivent pas être transmis à l'employeur. La CNIL prévoit une exception : si un employé absent détient sur son poste des informations indispensables à la poursuite de l'activité, l'employeur peut exiger ses codes lorsque l'administrateur réseau ne peut pas fournir l'accès.
Dans sa page du 9 juillet 2026 sur le contrôle de l'activité des personnes employées, la CNIL écrit qu'une surveillance constante est excessive : placer les membres du personnel sous surveillance permanente est en général considéré comme une atteinte excessive à leurs droits et libertés. Elle donne comme exemple de dispositif interdit car disproportionné un keylogger utilisé pour surveiller un salarié en télétravail. Ses questions-réponses sur le télétravail, datées du 12 novembre 2020, citent aussi comme incompatibles la surveillance constante par webcam, le partage permanent de l'écran et l'obligation de prendre des photos à intervalles réguliers pour prouver sa présence.
Et vos messages personnels ?
Dans sa fiche de 2015, la CNIL rappelle qu'un employé a droit, même au travail, au respect de sa vie privée et au secret de ses correspondances privées. L'employeur ne peut pas consulter librement les courriels personnels de ses employés, même s'il a interdit d'utiliser les outils de l'entreprise à des fins personnelles.
Pour être protégés, ces messages doivent être identifiés comme personnels, par exemple :
- avec la mention « Personnel » ou « Privé » dans leur objet ;
- ou rangés dans un répertoire intitulé « Personnel » ou « Privé ».
La CNIL précise qu'un message n'est pas considéré comme personnel du seul fait d'être classé dans « mes documents » ou dans un dossier portant les initiales de l'employé. Cette protection tombe si une enquête judiciaire est en cours ou si un juge a autorisé l'employeur à accéder aux messages.
Et votre propre appareil, ou le télétravail ?
Pour le télétravail, la CNIL indique dans ses questions-réponses de 2020 que l'employeur conserve le pouvoir d'encadrer et de contrôler l'exécution des tâches, comme sur site, mais que ce pouvoir ne peut pas être exercé de manière excessive.
Pour l'usage d'un appareil personnel au travail, la CNIL écrit dans les mêmes questions-réponses que si l'employeur est en principe libre d'accéder aux données présentes sur l'équipement professionnel confié au salarié, présumées professionnelles, ce n'est pas le cas pour les données figurant sur l'équipement personnel de ses employés.
Comment savoir ce qui est installé sur votre ordinateur ?
Demandez. Dans sa fiche de 2015, la CNIL indique que chaque employé doit être informé notamment des finalités du dispositif, de sa base légale, des destinataires des données, de leur durée de conservation et de ses droits. Cette information peut passer par une charte, une note individuelle ou une note de service. Vous pouvez aussi vérifier deux choses vous-même :
- Sur un Mac, choisissez le menu Pomme > Réglages Système, cliquez sur Général dans la barre latérale, puis sur « Gestion de l'appareil ». Apple indique que vous pouvez cliquer deux fois sur un profil pour consulter les informations à son sujet, et que si vous ne parvenez pas à supprimer un profil, il faut demander de l'aide à la personne qui vous l'a fourni.
- Si votre employeur utilise Microsoft Intune, Microsoft indique que l'organisation ne peut pas voir, par l'inscription, votre historique des appels et de navigation, vos e-mails et SMS, vos mots de passe ou le contenu des documents que vous créez, mais qu'elle voit toujours des éléments comme le nom, le modèle et le numéro de série de l'appareil. Sur un appareil Windows appartenant à l'entreprise, elle peut interroger des détails comme les noms de fichiers et les entrées du journal des événements.
Cette liste ne concerne que l'inscription dans Intune. Vérifiez la charte de votre employeur pour les autres outils.
Quels sont vos droits ?
La CNIL en met plusieurs en avant :
- Le droit d'être informé. Selon la page de la CNIL du 9 juillet 2026, un dispositif de contrôle doit être porté à la connaissance des personnes concernées avant sa mise en place. Sa fiche de 2015 précise que chaque employé doit notamment être informé de ses finalités, de sa base légale, de ses destinataires, de sa durée de conservation, de son droit d'opposition et de ses droits d'accès et de rectification, et de la possibilité de saisir la CNIL.
- Le droit d'accès. Il vous permet de savoir quelles données un organisme détient sur vous et d'en obtenir une copie. La CNIL indique que l'organisme doit répondre dans les meilleurs délais et au plus tard dans un délai d'un mois, qui peut être porté à trois mois compte tenu de la complexité de la demande ou du nombre de demandes reçues.
- Le droit d'opposition. La CNIL indique que vous devez mettre en avant « des raisons tenant à votre situation particulière ». Sa fiche de 2015 sur Internet et la messagerie au travail parle d'un droit d'opposition pour motif légitime.
Si un dispositif installé par l'employeur et collectant des données personnelles ne respecte pas ces règles, la page de la CNIL du 9 juillet 2026 cite comme recours : la CNIL, pour toute atteinte à la protection de vos données personnelles ; les services de l'inspection du travail ; les services de la préfecture, s'il s'agit de caméras filmant des lieux ouverts au public ; les services de police ou de gendarmerie ou le procureur de la République si les faits sont susceptibles de constituer une infraction pénale. Notre guide signaler un collègue qui a fouillé votre ordinateur ou votre téléphone détaille les démarches.
Autres questions
Mon employeur peut-il voir mon historique internet ?
Dans sa fiche de 2015, la CNIL indique que l'employeur peut prendre connaissance des sites consultés, y compris en dehors de votre présence, et que les favoris ne sont pas un espace privé. Sa page du 9 juillet 2026 précise que le dispositif doit être porté à votre connaissance avant sa mise en place. Microsoft précise que l'inscription dans Intune seule ne montre pas votre historique de navigation.
Mon employeur peut-il lire mes e-mails personnels ?
Pas librement. Selon la fiche de la CNIL de 2015, l'employeur ne peut pas consulter librement les courriels personnels de ses employés, même s'il a interdit l'usage personnel des outils, à condition qu'ils soient identifiés comme personnels, par exemple avec « Personnel » ou « Privé » dans l'objet.
Mon employeur peut-il m'obliger à donner mon mot de passe ?
En principe non. Dans sa fiche de 2015, la CNIL indique que vos identifiants et mots de passe sont confidentiels. Elle prévoit une exception pour un employé absent qui détient sur son poste des informations indispensables à l'activité, si l'administrateur réseau ne peut pas fournir l'accès.
Puis-je utiliser Failshot sur mon Mac professionnel ?
Seulement avec l'accord de votre employeur. C'est son appareil, et il est responsable, au titre de la protection des données, de toute surveillance sur cet appareil. Pour Failshot, cela veut aussi dire qu'il a accepté nos Conditions pour les organisations et informé toutes les personnes qui utilisent l'ordinateur avant l'activation de Failshot.
Mon employeur peut-il m'imposer la caméra en télétravail ?
Selon les questions-réponses de la CNIL sur le télétravail de 2020, pas systématiquement s'il n'existe pas de solution permettant de flouter l'arrière-plan. Lorsqu'un tel dispositif est en place, il peut demander d'activer la caméra pendant une réunion. Dans des cas particuliers, comme un entretien RH ou une rencontre avec des clients, il peut l'imposer.
Sources
- Travail, ressources humaines : le contrôle de l'activité des personnes employées, CNIL
- Le contrôle de l'utilisation d'Internet et de la messagerie électronique, CNIL
- Les questions-réponses de la CNIL sur le télétravail, CNIL
- Le droit d'accès : connaître les données qu'un organisme détient sur vous, CNIL
- Le droit d'opposition : refuser l'utilisation de vos données, CNIL
- Adresser une plainte à la CNIL, CNIL
- Code du travail, article L1121-1, Légifrance
- Code du travail, article L1222-4, Légifrance
- Code du travail, article L2312-38, Légifrance
- Les profils de configuration permettent de standardiser les réglages des ordinateurs Mac, Assistance Apple
- Quelles informations votre organisation peut-elle voir lorsque vous inscrivez votre appareil ?, Microsoft Learn